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Intelligence économique
2008 : Premier bilan annuel de la conjoncture en Guadeloupe
Après la reprise de l’activité observée depuis le second
semestre 2006, l’année 2008 est marquée par un
retournement de tendance illustrée par une dégradation
progressive de la conjoncture économique dans le
département.
Les tensions inflationnistes relevées dans les services,
l’alimentation et les produits pétroliers, ont amputé le pouvoir d’achat des agents économiques et ont pesé sur une demande déjà en retrait. Dans un contexte moins favorable sur le marché du travail, la vulnérabilité des ménages et des entreprises s’est fortement accrue, comme en témoigne la tendance générale à la hausse du nombre de confiscations de cartes bancaires, d’interdits bancaires ou d’incidents de paiement sur effet.
Ces constats pessimistes sont corroborés par les résultats
issus de l’enquête de conjoncture, qui se sont dégradés au
cours de l’année. L’activité sectorielle a notamment été
influencée au 4ème trimestre 2008 par la grève des
transporteurs en décembre, résultant de revendications sur
l’abaissement des prix des produits pétroliers3 compte tenu de la baisse du cours du baril de brent.
Cependant, impactés par le mouvement social qui paralyse
depuis fin janvier 2009 les différents secteurs de l’économie guadeloupéenne, les soldes d’opinion de certaines activités pour le dernier trimestre de l’année sont à interpréter avec prudence compte tenu des moindres taux de réponse obtenus. Toutefois, nous pouvons constater en tendance générale sur l’année que les secteurs du tourisme, de l’industrie et de la construction ont enregistré des niveaux d’activité bien en deça de ceux relevés en 2007.
Le secteur des services aux entreprises, qui conservait juste à présent un solde d’opinion relativement favorable comme en métropole, semble à son tour manifester des difficultés en fin d’année.
Prix
Rétrospectivement, l’année 2008 a été caractérisée par un
phénomène d’accélération discontinue du coût de la vie, qui
s’est estompée au 4ème trimestre à la suite de l’abaissement
des prix des produits pétroliers. L’indice des prix atteint ainsi à
fin décembre une progression plus modeste (+1,6 % sur un
an), après avoir atteint un pic de 3,4 % en août, plus haut
niveau depuis trois ans.
En moyenne sur l’année, le taux d’inflation atteint 2,2 % (contre +2,1 % en 2006 et + 1,4 % en 2007) ; cette
accélération s’explique principalement par l’augmentation des prix des services (+ 2,5 %) et de l’alimentation
(+ 4,1 %), qui contribuent pour 4/5ème à la progression générale des prix.
Les prix de l’énergie n’occupent que la 3ème place en matière de contribution à la hausse du niveau général des
prix. Impactés par les évolutions du cours du baril du brent, les prix des produits pétroliers, principal poste de
l’énergie, enregistrent une hausse moyenne de 4,4 % par rapport à 2007. Cette moyenne lisse les fortes
variations de prix relevées durant l’année : +10,4 % sur un an en août et septembre, contre -11,4 % en
décembre.
La progression de l’inflation reste cependant en Guadeloupe en deçà des taux atteints dans les autres
départements pour l’année 2008 : +3,5 % en moyenne pour la Guyane, +3 % à la Réunion et +2,8 % à la
Martinique.
Emploi
La situation du marché du travail s’est progressivement
dégradée pendant l’année 2008, alors que 2007 avait marqué
une amélioration après deux années avec des niveaux de
chômage particulièrement élevés. Entre janvier et novembre
2008, le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois
(DEFM) de catégorie 1 a progressé de 0,2 % en moyenne,
contre un recul de 0,6 % en 2007. La DTEFP enregistre 41 980
demandeurs de catégorie 1 en novembre 2008, soit + 1,3 %
en glissement annuel. Cette hausse est essentiellement
expliquée par une augmentation du nombre de demandeurs
d’emploi de 50 ans et plus (+12,8 % sur un an) et de moins de
25 ans (+2,8 % sur un an). L’évolution du nombre d’offres
d’emploi en fin de mois corrobore cette tendance à la
dégradation du marché du travail en enregistrant une baisse de 11,7 % par rapport à novembre 2007.
Depuis fin 2005, le nombre d’allocataires du RMI recule en Guadeloupe, avec une baisse plus prononcée au
dernier trimestre 2008 (- 8,2 % en glissement annuel à fin décembre). Ce phénomène peut être mis en relation
avec la hausse du nombre de contrats d’accompagnement dans l’emploi (+12 % par rapport à 2007) et avec
l’augmentation de la part de ces contrats signés par les bénéficiaires du RMI (+3 points entre 2008 et 2007).
Consommation des ménages
Les principaux indicateurs relatifs à la consommation des
ménages sont globalement orientés à la baisse depuis le début de l’année, affectés notamment par la progression des prix dans l’alimentation de 5 % en moyenne sur les 3 derniers mois comparativement à 2007 (et de 2,5 % pour les produits frais).
Contrairement à l’hexagone où la décélération de l’inflation intervenue dès le mois de juillet a été prise en compte par les agents à partir de septembre (soutenant ainsi le niveau de consommation en France), la hausse des prix ne s’est atténuée en Guadeloupe qu’en décembre, sans impact instantané sur le pouvoir d’achat des ménages en 2008.
Les importations de biens de consommation courante et de biens d’équipement ménager enregistrent des
variations respectives de - 2,6 % et + 2,2 % en valeur et de -11,1 % et +2,4 % en volume (en données
cumulées à novembre 2008).
Face à un marché de l’automobile en perte de vitesse au regard du nombre d’immatriculations recensées1 et aux
tensions persistantes sur le pouvoir d’achat, le recours aux crédits à la consommation s’est légèrement resserré
en septembre (+4,9 % en glissement annuel contre +5,7 % en moyenne sur 3 ans).
La consommation d’électricité reste pour sa part relativement stable sur un an (- 0,7 %), avec respectivement
0,1 % pour la consommation basse tension et -1,8 % pour la consommation moyenne tension.
Parallèlement, on constate un accroissement significatif de la
vulnérabilité des ménages, à travers les progressions du nombre
de retraits (confiscation) de cartes bancaires (+ 13,8 % sur un an)
et du nombre de personnes physiques en interdiction bancaire
(+2,6 %). En revanche, le nombre de dossiers reçus à la
commission de surendettement recule de 3,3 % par rapport à
2007, malgré la forte accélération relevée en fin d’année (+63 %
entre le 3ème et le 4ème trimestre).
Les données relatives aux versements et prélèvements de billets
opérés auprès de l’IEDOM laissent envisager un comportement
d’encaisses de précaution adopté par les ménages guadeloupéens, perceptible en fin d’année2, dans un contexte de crise financière perçue de façon plus aigüe par les agents économiques. En effet,
l’émission nette cumulée de billets enregistre une progression en glissement annuel de 16,9 % en volume (et de 17,1 % en valeur), marquée par une accélération de l’émission nette au 4ème trimestre (+69 % sur un an), résultant d’une baisse accentuée du nombre de billets reçus par l’IEDOM, en particulier pour les coupures de 20 et 500 €.
Investissement des entreprises
Depuis le 2ème semestre 2007, les intentions d’investissement apparaissent en berne compte tenu de
l’environnement économique peu favorable. Cependant, le rythme de croissance en glissement annuel de
l’encours des crédits d’investissement reste à un niveau soutenu malgré un léger tassement en septembre
(+13,3 % contre 15,1 % en moyenne sur 3 ans)3 ; les encours distribués par les établissements locaux sont
quant à eux en forte accélération (18 % en 2008 après 13 % en 2007).
Au cours de l’année, un comportement attentiste de la part des entreprises a pu être observé face aux
incertitudes liées aux dispositions fiscales du projet de loi pour le développement économique de l’outre-mer
(LODEOM).
En parrallèle, les autres indicateurs, tels que le nombre total d’attestations du Consuel4 concernant les locaux
commerciaux et industriels ou les immatriculations de véhicules utilitaires, enregistrent des hausses respectives
de 5,9 % et 2 % sur un an (contre 9,7 % et 7,1 % entre 2006 et 2007).
Dans un contexte conjoncturel moins favorable, la vulnérabilité des entreprises s’est fortement dégradée sur
l’année : +24,1 % d’incidents de paiement sur effet, +42,8 % de radiations d’entreprises et +8,8 % de
personnes morales en situation d’interdit bancaire. Ainsi, sous l’effet d’une accentuation de leurs difficultés de
trésorerie, les entreprises ont accru significativement leurs recours aux crédits d’exploitation (+11,2 %, dont
+ 18 % sur les comptes ordinaires débiteurs).
Afin de pallier les impacts de la crise financière et soutenir le financement des entreprises, une commission de
médiation du crédit a été mise en place dans le département dès le 14 novembre 2008, conformément à la
circulaire du 22 octobre 2008. Composée notamment du préfet de la Guadeloupe, du trésorier payeur général, et
du directeur de l’IEDOM, elle se réunit tous les mois afin de veiller au bon fonctionnement des dispositifs mis en place et de dresser un état de la situation économique locale. Par ailleurs, le plan de soutien au financement des
PME d’outre-mer vise à permettre une consolidation des prêts à court terme consentis à ces dernières,
notamment à travers les augmentations des ressources de cofinancement d’Oséo et du volume des garanties
d’emprunt.
Source : Iedom
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