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L’agriculture
La canne à sucre
La canne a en Guadeloupe un poids économique, social et culturel significatif. Aujourd’hui 5000 planteurs se partagent 12 310 hectares,les surfaces cultivées ont été réduites de 50% au cours des deux dernières décennies. La sole cannière a diminué de moitié entre 1960 et 1980 avant de se stabiliser entre 12000 et 13000 ha au début des années 90, remontant en 2000 à 14 000 ha. Alors que plus de 800 000 tonnes étaient produites avant le passage du cyclone Hugo en 1989 en Guadeloupe continentale, la production cannière se maintient depuis quelques années autour de 600 000 tonnes pour la Basse-Terre etla Grande-Terre réunies et 150 000 tonnes pour Marie-Galante, ce qui excède les capacités de broyage des deux usines de Gardel et de Marie-Galante. [1]. 572 000 tonnes ont été broyées en 2003, soit une baisse de 13%, à destination des sucreries et distilleries.
La filière sucre et la filière rhum restent le secteur dominant de l’industrie agroalimentaire.
La filière sucre
Depuis l’introduction de la canne au 17eme siècle, la Guadeloupe a développé son industrie autour de la filière sucre. L’industrie sucrière connaît son apogée pendant la période 1945/1965, mais en moins d’un siècle la production de canne chute, . Les usines ferment, faute de pouvoir assumer les investissements nécessaires au bon fonctionnement des unités et faute aussi de pouvoir faire face à l’augmentation de la masse salariale(prestation sociales, rattrapage des disparités salariales...) qui réduit d’autant le profit de ces industries à faible valeur ajoutée. Il ne reste que deux usines sucrières, l’usine de Gardel au Moule et l’usine de Grand-Bourg à Marie-Galante. En effet, en 1995, l’usine de Grande-Montagne a été fermée dans le cadre de la restructuration de l’industrie sucrière.
La production moyenne de sucre entre 1999 et 2001 se situe autour de 52 388 tonnes contre 155 338 tonnes au cours des années soixante, en 2003, 63 555 tonnes ont été produites [2].
Le volume de sucre produit par les deux usines sucrières a atteint 63 555 tonnes en 2003, soit une croissance de 23% par rapport à 2002 [3]
L’usine de Gardel représente 80% des volumes de sucre produit en Guadeloupe. 572 000 tonnes de canne ont été broyées, l’objectif à terme est de broyer 650 000 tonnes à 800 000 tonnes. .
La consommation locale de sucre représente 8000 tonnes, or la majorité de la production est réservée à l’exportation.
Le sucre roux, brut, fabriqué en Guadeloupe, arrive soit à Marseille, dans une grosse multinationale appelée Saint-Louis Sucre, raffinerie de la Générale Sucrière, soit en Alsace dans une raffinerie du groupe Bernstein. Ce sucre est raffiné, blanchi, puis expédié sur les marché européens. C’est dans ce créneau, entre le sucre roux et le sucre raffiné, que se situe la valeur ajoutée tirée du sucre, qui profite au raffineur et au distributeur de ce sucre raffiné, mais pas au planteur guadeloupéen ni à l’industriel sucrier guadeloupéen . On ne retrouve donc pas la valeur ajoutée dans l’économie guadeloupéenne. Le planteur est payé sur la base de quantité de sucre qu’on a pu tirer de sa canne mais pas sur la valeur ajoutée qu’elle génère.
L’impact de l’industrie cannière sur l’économie guadeloupéenne pèse en réalité, en termes macroéconomique, plus que ce qu’elle représente, au sein de l’agroalimentaire , en pourcentage de PIB(rappelons que sur les 3,5% du PIB que représente l’agroalimentaire, la part de l’industrie sucrière n’est que de 1,1%)
La filière rhum
La Guadeloupe compte 7 distilleries en Guadeloupe continentale(distillerie Bielle, distillerie Saint Séverin, distillerie Montebello, distillerie Longueteau, distillerie Père Labat, distillerie Reimonenq et distillerie Damoiseau) et 3 distilleries à Marie-Galante.
Elles s’approvisionnent en canne à hauteur de 55 000 à 60 000 tonnes
La fabrication du rhum
Le rhum est obtenu par la fermentation directe du jus de canne frais. La récolte de la canne entre janvier et juillet doit être rapide afin de ne pas perdre la concentration en sucre, il faut 10 kg de canne pour obtenir 1 litre de rhum. Le jus de canne frais, ou vesou, est filtré avec précaution puis stocké dans des cuves en inox où, à l’aide de levures alimentaires, il fermente. A l’issue de la fermentation on obtient un vin de canne qui ne titre pas plus de 4 à 5 degrés, il est alors introduit dans les colonnes à distiller et chauffé. La « grappe blanche « qui est ainsi obtenue titre 70 degrés et il faut lui rajouter de l’eau de source ou de l’eau distillée pour en abaisser le titrage jusqu’à 50 à 59 degrés, le mélange est alors brassé puis mis en bouteille. Ce sont les levures, l’eau et la maîtrise de l’alambic qui vont donner son goût au rhum.
Une partie de la production fait l’objet d’un vieillissement(3 ans à 15 ans pour le millésimé) en tonneaux de chêne ayant déjà contenu du cognac, du whisky ou du bourbon qu’on chauffe pour les fissurer . Cette étape va donner au rhum son goût et ses belles couleurs caramel
La Guadeloupe produit l’un des meilleurs rhum du monde. En fait, ce sont 2 catégories de rhum qui sont produites :
le rhum agricole, fabriqué à partir de la fermentation et de la distillation du jus de canne après broyage ; c’est le cas des rhum Montebello, Damoiseau, Bologne, Reimonenq, Séverin... ;
le rhum industriel ou rhum de mélasse ;la mélasse est un résidu de la distillation du jus de canne qui sert à la fabrication du rhum agricole ;c’est le sirop provenant du jus de canne cuit dans lequel reste une partie du sucre non cristallisable et qui, distillé, donne du rhum industriel.
En 2003, 22 089 hectolitres d’alcool pur de rhum agricole ont été fabriqués et 33 724 hl (HAP) de rhum de sucrerie
La Guadeloupe dispose de ce qu’on appelle un contingent , réparti entre les différents distillateurs . Pour le rhum agricole, ce contingent export est de 4500 hl d’alcool pur qui correspondent à 9000 hl de rhum de droit d’exportation vers la France sous un régime fiscal favorable ( il faut 2 litres de rhum à 50 degrés pour faire 12 litres d’alcool pur). La Guadeloupe produit 26 000 hl d’alcool pur de rhum agricole ( soit 52 000 hl de rhum agricole), 9000 hl font partie du rhum contingenté et 9000 hl du rhum exporté hors contingent, c’est- à- dire sous un régime fiscal où les droits sont un peu plus élevés. Ce qui reste, 8000 hl, sont consommés en Guadeloupe.
Pour le rhum industriel, le contingent est de 25 000 hl d’alcool pur(5 millions de litres de rhum). La Guadeloupe produit 41 000 hl d’alcool pur de rhum industriel, ce qui signifie qu’une bonne partie est exportée hors contingent.
Les enjeux sociaux et économiques de la canne
Avec 12 000 ha plantés(3000 pour Marie-Galante, 6600 en Grande-Terre, 3300 dans le nord de Basse-Terre), la canne fait vivre 5000 planteurs et leurs familles, 5 personnes en moyenne, soit 25 000 personnes. La filière concerne aussi au moins 500 transporteurs, propriétaires de tracteurs et de camions, qui transportent la canne du champ à l’usine, soit là encore 2500 personnes qui en vivent. Il faut ajouter les quelques 1000 ouvriers agricoles et leurs familles , soit encore 5000 personnes environ. Au total, la canne fait vivre en Guadeloupe environ 30 000 personnes.
L’économie de plantation avec des propriétaires d’usine qui possédaient la terre et qui cultivaient jusqu’à 5000 ha de canne n’existe plus, la classe sociale des grands propriétaires fonciers a disparu au cours des 30 dernières années. Un millier d’hectares seulement appartiendraient encore à de grands propriétaires fonciers.90% de la superficie appartiennent à des petits planteurs ,une trentaine de propriétaires moyens possèdent des exploitations de 30 à 50 ha. Autour de l’usine de Beauport, en Grande-Terre, par exemple, 900 ha de plantations de canne appartiennent par moitié au Conseil Régional et au Conseil Général qui en confient l’exploitation à une société. En tout c’est 90% de la sole cannière qui appartient sous une forme ou sous une autre à la collectivité guadeloupéenne, soit que les terres appartiennent en propre au Conseil Général ou au Conseil Régional, soit que la collectivité prenne une forme juridique de GFA (groupement foncier des agriculteurs),soit qu’elles appartiennent encore à quelques particuliers. Ce transfert de propriété est important quand on parle du poids de l’industrie cannière dans l’économie de la Guadeloupe. C’est la terre, en tant que moyen de production, dans la mesure où elle appartient à la collectivité locale sous plusieurs formes, qui compte dans ce poids.
Or sur les 10 dernières années, la production a tourné autour de 670 000 tonnes de canne, plusieurs explications permettent de comprendre ce rendement assez faible compte tenu du potentiel :
le manque d’engagement des planteurs face aux incertitudes qui planaient sur la profession et le devenir des usines,
les raisons climatiques :les aléas climatiques qui se succèdent(cyclone , sécheresse, parfois les deux sur une même année)compromettent la production. Or ,si on ne peut combattre ce phénomène naturel qu’est la sécheresse, on peut par contre mettre en place une véritable politique d’irrigation, car le problème est aussi le manque d’eau.
Comme les producteurs de banane, les producteurs de canne se sont penchés sur la problématique de l’économie cannière .ILs ont réfléchi aux stratégies à mettre en place , d’une part, pour assurer un revenu décent aux agriculteurs, et d’autre part, pour rendre l’activité encore plus rentable pour l’économie guadeloupéenne. Les planteurs bénéficient de structures d’encadrement technique, de formation ,de conseils qui les aident dans leurs démarches et initiatives, et c’est là un des atouts ,et non des moindres ,de l’agriculture guadeloupéenne.
Les initiatives des agriculteurs témoignent d’une volonté de sauver un outil de production, de cette volonté d’entreprendre, de cette volonté d’entreprendre et de courage qui caractérisent les Guadeloupéens aujourd’hui.
Certains se sont déjà orientés vers des cultures de diversification ; ananas et igname sont déjà produits dans le nord- est de la Basse-Terre, ces deux productions s’efforçant de se structurer en filières avec l’APAG(Association des producteurs d’ananas) et l’UPROFIG (Union des producteurs de la filière igname de Guadeloupe). En Grande-terre, aux alentours de Sainte-Anne et de Saint-François, pour compenser la réduction de la sole cannière due à l’urbanisation, les producteurs de canne ont mis en place des cultures alternatives de melon, d’ananas et de maraîchage. Les cultures alternatives permettent aux planteurs , disposant de moins de 12 hectares, d’avoir des revenus intéressants, d’autant que la canne assure un revenu stable puisqu’elle est intégrée dans un système de production où elle reste l’axe essentiel de l’exploitation agricole .
D’autres pistes sont également envisagées pour pallier à la problématique de l’économie cannière :
améliorer les conditions d’organisation des circuits de récolte et de transport de cannes aux usiniers, afin d’augmenter la production,
irriguer le nord de la Grande-terre pour augmenter les surfaces et les rendements, car un planteur s’en sort bien s’il fait 70 à 80 tonnes de canne à l’hectare, l’irrigation permettant à la production de ne plus dépendre des aléas climatiques,
envisager un regroupement de parcelles, le morcellement des plantations et l’atomisation des planteurs limitant la mécanisation.
Pour qu’un planteur puisse vivre uniquement de la canne, 5 ou 8 hectares ne suffisent pas.
Pour pratiquer uniquement la culture de la canne , il faut 12 à 15 ha suivant les régions. Chaque hectare rapportant entre 1800 et 2300 euros, le revenu annuel est compris entre 22 150 et 340 610 euros.
En termes de perspectives, la canne c’est aussi 500 produits identifiés et fabriqués à partir de la canne. La bagasse ,utilisée pour fabriquer de l’électricité, est un élément qui entre dans la composition d’un excellent aliment pour le bétail, la bagasse hydrolysée, fabriquée à partir d’un procédé physico-chimique ; sous l’effet de la pression et de la chaleur, les fibres de la bagasse sont éclatées et elle est rendue ainsi plus digeste. La fabrication de cet aliment est une opportunité pour la Guadeloupe. Puisque la Guadeloupe importe plus de la moitié de la viande qu’elle consomme, la bagasse hydrolysée permettrait de développer les troupeaux en semi-liberté, avec le double avantage de valoriser un sous-produit de la canne et de développer un élevage rationnel (en plus du bœuf attaché au piquet). Reste un troisieme débouché pour la bagasse :en la mélangeant aux boues de l’usine, on obtient un compost qui peut servir d’engrais naturel respectant l’environnement. Cette expérience déjà menée au Lamentin entre dans le cadre d’une agriculture propre tout à fait dans l’optique de la politique de la région en matière d’environnement.
Le rhum aussi ouvre des perspectives en matière de produits de niche à forte valeur ajoutée, on peut fabriquer à partir du rhum industriel de l’alcool de parfum. La canne est donc porteuse de potentiel en terme de production de valeur ajoutée, profitable aux producteurs, aux industriels et à l’économie guadeloupéenne. C’est un secteur d’activité qui est appelé à se développer, dans une conception écologique et de qualité.
[1] chiffres ODEADOM
[2] source : DAF, syndicat des producteurs-exportateurs de sucre et de rhum
[3] chiffres INSEE donné par la revue économique Antiane, numéro 61, septembre 2004
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