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L’agriculture
La culture de la banane
La banane constitue la première production et la première exportation en volume et demeure un des piliers de l’économie agricole du département , sa culture couvre 5010 ha , soit 10% de la SAU.125 000 tonnes ont été produites en 2002. Les exportations ont augmenté de 6,7% en 2004.
La forte structuration de la filière banane procure un environnement favorable au développement de la culture (prix garantis, indemnisation des aléas climatiques.....)
Le développement de la culture de la banane
Le bananier a été introduit au 19eme siècle en Guadeloupe comme plante d’ombrage du café et du cacao.Deux événements sont à l’origine de sa transformation en culture d’exportation :le grand cyclone de 1928 qui détruisit les plantations de café et de cacao et la mise en place de lignes maritimes avec la métropole.
La crise de la canne, dans les années 70,a achevé d’imposer la banane comme spécialisation dominante dans le sud de la Basse-Terre et la Côte-au-Vent où se trouvent 80% des exploitations,soit 60% de la SAU. Suite à la crise du sucre, les grands domaines canniers des usines(Valleau, Marquisat)ont été repris sous la forme juridique de sociétés bananières.
Trois types d’agriculture se différencient autour de la production de la banane dans les années 70/80, époque où la conjoncture était favorable à la banane d’exportation :
le type bananier entrepreneurial, bien fourni en facteurs de production(terre, main-d’œuvre et capital), les exploitants diversifient leurs activités hors du domaine agricole, immobilier par exemple,
le type bananier familial , les exploitants sont des petits propriétaires dont le revenu familial est essentiellement agricole,
le type diversifié , ce sont des exploitations agricoles qui ont intégré la banane dans leur système à côté de productions antérieures et dont le revenu est essentiellement agricole.
Si le bananier a de tout temps fait partie du paysage, ce n’est qu’à partir du 20eme siècle qu’il y a pris une importance économique. Jusqu’en 1950, les exportations de banane, produit de luxe, restèrent anecdotiques. Après la guerre, les consommateurs prirent de plus en plus goût à la banane qui apparut comme une solution de remplacement à la culture sucrière. Les exploitations se multiplièrent, en 1962, le général De Gaulle imposa des quotas sur le marché français de la banane et en réserva les 2/3 à la Martinique et à la Guadeloupe. Cette manne fit de la banane le nouveau pilier de l’économie guadeloupéenne.
Progressivement, la culture de la banane a remplacé celle la canne à sucre sur des terres mieux appropriées à sa culture et chez les petits exploitants pratiquant la polyculture. L’essentiel des exploitations se trouve se trouve en Basse-Terre(80o/o), mais les exploitations qui se sont développées en Grande-Terre donnent des résultats très prometteurs .11o/o de la surface agricole de la Guadeloupe sont consacrés à la culture de la banane, soit à peu près 5 750 hectares. Depuis 1981, la surface bananière a reculé de 32o/o Le rendement moyen à l’hectare se situe autour de 20 tonnes, ce chiffre peu élevé s’explique en partie par la topographie des exploitations de la Basse-Terre, des petites superficies et des régions accidentées font que ces plantations sont peu mécanisées. Seulement 1/4 des bananeraies sont irriguées de qui rend la production triutaire des aléas climatiques.
Le marché de la banane
La banane est le premier fruit consommé dans le monde, la demande est concentrée aux Etats-Unis et dans l’Union européenne, qui absorbent plus des 2/3 des volumes exportés et constituent des marchés aux enjeux financiers considérables.
Le secteur de la banane connaît des heures difficiles en Guadeloupe comme dans le reste des Antilles , d’ailleurs. La production en Guadeloupe reste tributaire des aléas climatiques ; en 1988, l’ouragan Georges avait détruit 85% de la bananeraie guadeloupéenne. Ce secteur fragile doit de surcroît affronter la concurrence de la banane-dollar, financée par les Etats-Unis, celle des pays d’Amérique latine , favorisés par un faible coût de production. La banane est devenue l’enjeu d’une guerre commerciale opposant les multinationales américaines, soutenues par Washington, à l’Union européenne. Le marché mondial de la banane est dominé par 3 multinationales américaines qui réalisent 70% des transferts (Chiquita, Del Monte et Dole)
Jusqu’en 1993 ,le marché européen de la banane était une mosaïque de marchés, chaque état de la Communauté ayant un régime d’importation spécifique, protectionniste pour les uns, libéral pour les autres. Le cadre spécifique de la production bananière en Guadeloupe est aujourd’hui celui de l’OCMB(Organisation communautaire du marché de la banane) mise en place en 1996, fixant les règles du marché en fonction de la situation des pays producteurs par rapport à l’Union européenne qui consomme environ 4 millions de tonnes de bananes. Les aides compensatoires assurent un prix minimum pour les productions communautaires.
Sur les 125 000 tonnes produites, 88 000 tonnes de bananes ont été exportées en 2003, soit une baisse de 10% par rapport à 2002 [1].Il faut toutefois préciser que l’exportation des bananes de la variété « Extra » a représenté, en 2003, 86% des exports contre 83% en 2002. Les exportations se situent à leur niveau moyen depuis 15 ans, mais restent en deçà du quota de 150 000 tonnes fixé par l’Organisation Commune du Marché.
Si les prix moyens, « départ quai-Le Havre », ont légèrement remonté (0,47 euros/kg en 2003 contre 0,45 en 2002), force est de constater que les prix aux producteurs ne cessent de baisser (0,38 euros/kg en 2001, 0,30 en 2002, 0,25 en 2003). A cette baisse des prix s’ajoute la baisse des aides directes, qui passe de 33,8 millions en 2002 à 30 millions en 2003,aggravant d’autant la situation financière des producteurs de bananes et obligeant une cinquantaine d’entre eux à fermer leur exploitation en 2003.En 10 ans, le nombre d’exploitants est tombé de 1000 à 400. Pourtant en dépit des difficultés rencontrées par la profession , la banane représente la principale activité d’exportation agroalimentaire de Guadeloupe en volume(45o/o) et génère plus de 10 000 emplois.
Face aux problèmes de la banane aux Antilles, le gouvernement a réuni en février 2003 l’ensemble des acteurs de la filière (planteurs, transporteurs, distributeurs, mûrisseries, importateurs et banques)afin d’élaborer des propositions auprès de la Commission Européenne. Du côté européen il est prévu de refondre l’OCM banane en 2006. Les planteurs en attendent la régionalisation de l’aide compensatoire et la mise en place d’une procédure d’indemnisation des calamités, complémentaire de celle de l’Etat. Les planteurs de leur côté réfléchissent aux stratégies à mettre en place pour consolider les débouchés de la banane guadeloupéenne sur le marché français et européen à travers une nouvelle politique commerciale dont le schéma serait basé sur les qualités intrinsèques de la banane guadeloupéenne(terroir, goût, sécurité alimentaire).
Les enjeux socioéconomiques de la banane
Avec la disparition de nombreuses usines à sucre, la banane est un point d’ancrage indispensable au maintien de l’activité et de l’emploi dans les campagnes. Elle fait perdurer, à travers les décennies, des pratiques et des traditions ancestrales et réserve une très large part aux emplois familiaux.
Plongés dans un univers de plus en plus concurrentiel, notamment depuis l’avènement du marché unique européen, les producteurs ont profité des aides communautaires pour moderniser leurs exploitations et compenser l’énorme handicap du coût de la main-d’œuvre face aux autres producteurs(Afrique et Amérique latine). Cependant les exportations vers les autres pays restent faibles.
Quelles perspectives pour la culture de la banane ?
Cette question porte sur la durabilité d’un système existant et sa capacité d‘adaptation à la nouvelle donne économique et sociétale. L’OCM ne garantit plus l’écoulement de la production de bananes antillaises concurrencées par la banane issue de la zone dollar. La solution pour la banane guadeloupéenne est de rechercher des avantages concurrentiels en s’orientant, d’une part, vers de nouveaux systèmes de production et d’autre part vers des produits de qualité. L’enjeu concerne la qualité et la traçabilité pour plus de compétitivité . Conscient de l’enjeu, les producteurs guadeloupéens relèvent le défi de la qualité pour justifier leurs tarifs et espèrent que l’encadrement du marché par une organisation mondiale, l’OCM, permettra une hausse des cours qui rétablirait leurs profits. La qualification/labellisation, plutôt que la simple satisfaction d’une qualité standard, devrait garantir à leur production un meilleur accès au marché, garantissant du même coup sa viabilité .Leur effort porte sur la différenciation du produit : origine précisée( banane de montagne par exemple) et pratiques agricoles clairement tracées(agriculture biologique, commerce équitable).
Les producteurs réfléchissent à d’autres stratégies d’évolution, soit pour s’assurer un complément de revenu, soit pour assurer la durabilité de leurs exploitations :
diversification des cultures et association culture/élevage qui rendent moins sensibles les productions aux aléas contextuels,
agrandissement des surfaces cultivées(location)
recherches de sources alternatives de revenu. La diversification des activités joue un rôle essentiel dans la viabilité économique des exploitations et la gestion des ressources naturelles, en Basse-Terre, où 5000 des 8300 ha de la SAU sont occupés par la banane. Compte-tenu des rendements moyens obtenus, les agriculteurs ne peuvent pas garantir la viabilité économique de leur unité. L’exigence de développement durable assigne plusieurs objectifs à l’évolution des systèmes de production : viabilité économique, gestion renouvelable de l’écosystème, transmissibilité des exploitations (affectée aujourd’hui par la surendettement), contribution au développement local.
[1] les chiffres 2004 font apparaître une augmentation de 6,7% par rapport à 2003
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